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– Que veux-tu que je te dise ?

– Rien.

– Tu ments.

– Oui.

– Qu’attends-tu de moi ?

– Rien.

– Tu ments encore.

– Non, pas cette fois.

– Bien sûr que si. Tu es là, tu es venu chercher quelque chose.

– Non, je voulais juste te voir.

– Tu aurais pu me voir à travers la fenêtre.

– Je voulais savoir comment tu vas.

– Tu aurais pu demander de mes nouvelles à la voisine.

– Je voulais t’entendre.

– Tu as un enregistrement de ma voix sur ton répondeur.

– …

Pas d’autre argument ?

Je ne crois pas.

Pourquoi es-tu là ?

Je ne veux pas que tu m’oublies. Mais je sais que tu le dois.

Tu me l’as demandé.

Je sais.

Tu as changé d’avis ?

Non.

Tu ne m’aimes pas ?

Pas assez.

Que veux-tu ?

Rien.

Pas même moi ?

Non.

Moi je te veux, toi. Tu vois, on ne sera jamais d’accord.

Non, jamais.

 

 

Regarde, la lune est pleine.

J’ai vu, elle est belle. Toi aussi.

Merci. Un homme me l’a dit, ce matin.

Que tu es belle ?

Oui.

– Je le déteste.

Tu es égoiste.

Je sais.

Alors ?

Rien.

Rien ne change, donc.

Non, rien.

Si, moi.

Toi ?

Oui, moi.

Toi.

 – Moi, je change.

Ah ?

Oui. J’ai appris à ne plus te détester.

Tu me détestais ?

Oui. Je t’en ai beaucoup voulu.

– Ah.

Parce que tu aurais pu m’épargner.

Quand ?

Souvent. Toujours.

C’est vrai.

– Oui, c’est vrai.

Je suis égoiste.

C’est trop facile.

Je n’aime pas les choses difficiles.

C’est pour ça que tu m’as aimée ?

Peut-être.

Tu savais que je t’aimerais fort, n’est ce pas ?

Je savais que tu le pouvais. Je ne savais pas si tu le ferais.

Je l’ai fait.

Oui. C’était bien.

Tu vois ? Tu en parles au passé, comme si la page était tournée.

Elle est tournée. Je l’ai tournée en partant.

Ta page à toi. Pas la mienne. Ni la nôtre.

C’est vrai. Je suis égoiste.

Tais toi.

D’accord.

 

 – Pourquoi m’as tu aimée ?

Parce que j’avais besoin d’aimer quelqu’un. Et tu es très aimable. Très, très aimable.

Pourquoi n’as tu pas pensé à moi ?

Parce que j’avais besoin de penser à moi, pour une fois.

– Tu as toujours pensé à toi.

Non.

Tu ments toujours. Toujours. Comme tu as toujours pensé à toi. A ce toi que tu es pour les autres. Une statue que tu dores et redores et adores chaque jour. Tu as toujours tout fait pour que le monde entier te regarde et t’aime. Bravo, tu as réussi. Tout le monde t’aime, t’adore même. Tout le monde à part toi. Ceux qui t’aiment le moins sont ceux qui te connaissent le mieux.

Tu es dure.

Très. Pardon. Mais tu sais que j’ai raison. Et que tu as tort. Parce que les gens aiment ta statue, pas toi. Sauf moi.

Sauf toi ?

Oui, sauf moi.

– …

Tu me trouve toujours aussi dure ?

Oui.

Pardon. Je ne veux pas te faire de mal.

Tu pourrais.

Je sais, mais je n’en ai pas envie. Je n’ai que de bonnes intentions à ton égard, tu sais que ça m’agace parfois ? Je n’ai même pas envie de creuver les pneus de ta voiture, de taguer ta jolie maison…

Et ne souris pas, s’il te plaît.

– D’accord. Pardon.

Je te pardonne.

 

 

Alors ?

Alors ?

Que veux-tu ?

Je voudrais que tout soit comme avant.

Avant quoi ?

Avant nous. Je voudrais t’aimer de loin et presque en silence. Je voudrais t’écrire des mots tendres que je ne t’enverrai pas, je voudrais composer des musiques pour toi sans que tu les entendes, je voudrais te parler, rarement et tard dans la nuit, entendre ta voix pour t’imaginer et rêver de toi.

Tu voudrais que je ne sois qu’une chimère… ?

Un rêve, oui.

Et toi ?

Moi ?

Que veux tu, toi ?

Ne me le demandes pas.

Si.

Tu vas le regretter.

Tant pis.

Moi, je te veux toi. Toi pour moi et moi seule. Je te veux près de moi tous les matins et tous les soirs, je veux que tu me fasses le café et l’amour, je veux te voir lire un souriant, je veux choisir la musique de nos dîners, je veux écrire en te regardant pour que mes mots soient plus beaux.

Un rêve.

Une chimère, oui.

Je ne peux pas t’aimer dans l’ombre, tu le sais bien.

Oui, je le sais bien.Ça me tuerait.

Et je ne le veux pas.

Ça tombe bien.

Tu as d’autres choses à vivre, de belles choses.

Je l’espère.

Je déteste cette idée, pourtant je te veux heureuse. Même si c’est sans moi.

Tu veux que ce soit sans toi.

C’est vrai, je veux que ce soit sans moi.

Je ne sais pas si je pourrais aimer encore.

Bien sûr que tu le pourras.

Pas comme je t’aime toi.

Peut-être pas…

C’est dommage. Je suis sûre que quelqu’un, quelque part, mérite cet amour-là.

– Sûrement.

Il peut donner des ailes, mon amour, tu sais… ?

Je sais…

 

 

Alors ?

Alors je m’en vais.

Comme toujours.

A jamais.

Menteur.

Oui, je mens. Je ne pourrais jamais t’oublier.

Moi non plus.

J’aurai envie de t’écrire.

Alors écris moi.

J’aurai envie de t’aimer.

Alors aime moi.

Merci.

Mais je ne sais pas si je pourrais t’aimer en retour. J’espère, j’aimerais, t’aimer sans souffrir, de loin, dans l’ombre, en secret et silence. Mais je ne sais pas si j’y arriverai. Je ne t’oublierai pas, mais peut-être un jour ne t’aimerai-je plus.

Je sais.

Alors il sera trop tard.

Je sais.

Tu t’en moques ?

Oui. Je veux juste t’aimer. De toutes façons, il est déjà trop tard, trop tard pour tout.

Peut-être…

Adieu.

Tu ments toujours…

Toujours.

 

 

A bientôt.

A demain.

– Non, à bientôt.

 

 

Je t’aime.

Je t’aime.

 

 

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