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Monthly Archives: octobre 2008

Qu’il me fût doux de vous revoir, et votre sourire et votre regard n’avaient rien perdu de leur tendresse. C’était l’automne, vous souvenez-vous ? Les feuilles mortes couvraient les pavés et je plaisantais sur vos chaussures à talonnettes qui vous permettaient d’être enfin plus grand que moi. Nous avions bu un chocolat au petit café de l’Utopia et le cigare que vous fumiez avait fait fuir nos voisins de table – pour notre plus grand plaisir car nous gardions férocement le secret de nos conversations. A l’université déjà, j’attendais que tous soient sortis pour venir vous parler. Je vous livrais mes idées pour que vous les structuriez, et mes impressions pour vérification.

Ce jour-là, comme tous les autres, vos mots étaient sages et bons. Ils ricochaient sur mes phrases maladroites, orientaient mes pensées perdues et leur lumière venait gommer le flou de mes imprécisions. Vous rendiez ma langue meilleure, vous l’aviez toujours fait. Vous me disiez alors que j’étais une aube, timide mais certaine, vous me compariez, non sans ironie, à un pâle matin de printemps, frissonnant encore d’un hiver tenace. Et je me moquais gentiment de votre poésie, vous soupçonnant, avec cette ironie que vous m’aviez transmise, d’être amoureux. Le professeur et son élève est un fantasme inévitable, plaisantiez-vous.

De ces années étudiantes, je n’avais gardé que vous. Vos précieux conseils, vos nombreuses leçons, votre humour so british et surtout, surtout, votre voix rauque et grave qui nous envoûtait tous. Et les mardis soirs dans ce pub place Sainte Anne où nous lisions Shakespeare en l’arrosant de bière. Du Scotch, pour vous. My kingdom for a horse récité par le barman ivre, debout sur le comptoir. Et l’odeur du cigare, le lundi matin à dix heures, qui se diffusait dans les couloirs pour nous rappeler que vous nous attendiez. Je n’étais jamais en retard, déjà à l’époque je ne boudais pas mon plaisir.

Lorsque je quittai de façon soudaine l’université, vous me m’avez pas caché votre désapprobation. Vous vouliez me voir fouler le bois de cette estrade sur laquelle vous aviez passé tant d’années. Vous disiez que je jettais vulgairement le flambeau que vous m’aviez remis, et j’étais triste de vous décevoir ainsi. Alors quand je reçus cette lettre – vous l’aviez envoyée chez mes parents – me prévenant d’une prochaine inspection des travaux finis, une interrogation orale en bonne et dûe forme, mémoire et thèse sur mes dernières années, je m’en réjouissai comme d’un Noël avant l’heure. Et vous étiez venu, à l’heure au rendez-vous, avec ce même duffle coat sur les épaules, une canne en plus à votre main droite. Vous disiez que c’était pour l’allure…

A la fin du dîner, vous m’aviez annoncé que vous rammeniez votre épouse, votre vieux chien, votre canne et vous-même en Angleterre. Vous aimiez notre pays, son soleil et sa douceur, son pain et ses sourires, mais vous vouliez mourir chez vous, et la mort ne sonne pas toujours deux fois… plaisantiez-vous encore. Vous m’aviez alors invitée à venir vous visiter dès que l’occasion m’en serait donnée.

J’ai honte d’avouer que je suis venue à Londres l’an dernier, j’ai foulé votre terre sans faire le détour promis. J’ai honte et j’ai mal car j’ai appris cet été, par ma soeur étudiante à la même université, que le cancer vous avez emporté. Le cigare…


Qu’il me fût doux de vous revoir, c’était l’automne, vous souvenez-vous ? Et quand la brûme flotte sur nos matins je vous imagine vous, un livre corné entre les mains, assis sur un nuage et soufflant sur la terre la fumée de votre cigare.

         

               

             

         

         

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Prologue : pourquoi je pourrais mourir en Avignon.



Rocher des Doms, mardi 16 septembre 2008, 18h30


Assise sur un banc de pierre sculpté, face au soleil qui lentement décline, au Rhône qui coule, au pont qui ne l’enjambe qu’à moitié, je me sens comme sur un trône posté en équilibre sur le bord du monde. De cette place, je peux le voir vivre.

J’ai ôté mes lunettes et la lumière m’éblouit. J’ai dans les oreilles une musique et sa mélodie coule sur le même rythme que les eaux du fleuve, en harmonie.

Je suis assise ici depuis combien de temps ? Une heure ? Plus, sûrement. J’ai mangé une brioche au sucre et fumé deux cigarettes.

J’étais assise là, hier. Et avant-hier. La semaine dernière. L’année dernière. Pas toujours sur le même banc, mais face à ce paysage qui est le mien depuis maintenant quatre ans : les remparts qui me protègent, le Rocher qui m’élève, le Rhône, sombre, qui s’étire ; la colline en face, Villeneuve et le Fort Saint André, l’île de la Barthelasse, longue et verte ; le Ventoux, au loin ; la ville, ses toits, ses clochers, ses secrets. Et le vent qui se lève, ce violent Mistral qui envole les cheveux et fait claquer les volets. C’est si beau et c’est chez moi. Alors je comprends que je pourrais mourir ici.

Je ne pense pas que ce soit le plus bel endroit du monde, et j’ai évidemment envie de connaître et d’habiter d’autres paysages, mais ici je sais, je comprends, je suis. Ici, il existe un équilibre entre la terre qui me porte et le ciel qui me guette, et cet équilibre c’est moi. Parce qu’ici plus qu’ailleurs je suis entre les deux, comme un pont de chair et de sang.

Assise sur le bord du monde, les pieds dans le vide, je peux le regarder. Et je me sens en faire partie.

         

                     

                     

                     

                  

 

        J’ai dix minutes d’avance. Dans la voiture, la radio diffuse une vieille chanson de Radiohead : Creep. Je reste pour l’écouter.

Le petit parking de la plage est désert, on comprend que l’hiver est bientôt là. Un vent du sud balaie l’endroit et soulève l’écume en pluie fine et salée. Un homme marche seul sur le sable, les mains dans les poches, la tête rentrée dans le col roulé de son pull. Je regarde l’heure : tu ne devrais plus tarder.

J’ai envie d’une cigarette, je sors de la voiture. Je m’assois sur le petit mur de pierre qui longe la plage. Face à la mer en colère, je fume et j’attends. Je t’attends. Et je t’entends, ta voix me revient dans le grondement des vagues. Ces derniers mots que tu m’as dits : je suis fatigué. Epuisé de me battre contre tes moulins à vent. Tu étais sincère, je l’ai lu dans tes yeux. Je n’ai pas compris cette fatigue soudaine, deux jours plus tôt tu parlais des vacances à venir, du dîner que tu voulais organiser à Noël, pour réunir nos familles.

Il est l’heure et tu n’es pas là. Du monde sur la route, je suppose. Je jette un œil à mon portable : aucun message. Tu vas bientôt arriver.

Je peux t’aider. Du moins, je peux essayer. J’ai envie d’essayer. Mais je ne peux pas t’aimer si tu ne me laisses pas faire. Tu as plongé ton regard dans le mien pour me parler. Tu me tenais les deux mains, tu avais approché ton visage, je pouvais sentir ton souffle sur mes lèvres. Tu avais cet air sérieux et triste que je ne te connaissais pas. Tes yeux rieurs et ton sourire n’étaient plus que souvenirs. Et je m’en suis voulue d’avoir effacé la joie de tes traits. Je m’en suis voulue tellement que je me suis tue.

Tu as quinze minutes de retard mais je ne suis pas inquiète. Je me lève et fais quelques pas sur la plage. Dans le ciel, une mouette joue avec le vent. L’empreinte de mes pas se grave dans le sable mouillé d’écume. Mes cheveux volent, je ne les attache pas. Je regarde les points d’or sur la mer, là-bas le soleil décline, ils vont bientôt disparaître. Je n’ai pas envie de te quitter, tu sais… Mais toi, tu me quittes sans arrêt. Tu as peur, je sais, je comprends je crois, mais… tu me quittes sans arrêt. Tu ne me laisses pas t’aimer. Tu ne me laisses pas te rassurer. Tu ne… Je suis seul. Seul à nous porter, seul à croire en nous, seul à me battre, seul à… seul. …  Je suis seul. Cette fois, tu as parlé sans me regarder. Ton regard caressait la mer, cherchait dans l’horizon la réponse que, tu le savais, je ne te donnerais pas. Nous étions assis là, sur ce muret où je t’attends aujourd’hui, c’était notre lieu de rendez-vous depuis un an déjà. Parfois, il faisait si froid que nous ne sortions pas de la voiture. D’autres fois, tu me tenais la main et nous marchions sur la plage pour étirer les heures. Tu me disais que l’avenir était comme l’horizon, que même si l’on ne pouvait le voir il fallait fixer sur lui notre regard. Tu me montrais les voiliers sur lesquels tu voulais m’emmener, mais j’avais toujours eu peur de la mer. Tu me parlais de demain, Noël et l’été prochain, tu nous conjuguais au futur et nous déclinais à toutes les saisons. Tu parlais pour moi, te battais pour nous. Et moi… je t’écoutais. Je ne te laissais peut-être pas m’aimer, mais je t’écoutais. Je te retrouvais le cœur battant sur le parking de la plage, je laissais ma main dans la tienne et le vent dans mes cheveux, et je ne savais peut-être pas t’aimer avec tout mon cœur, mais je te faisais l’amour avec tout mon corps. Moi… je n’étais pas toi, mais j’étais avec toi. Je n’ai jamais su te le dire, mais j’étais avec toi.

Le vent semble se calmer. Le ciel se fonce. Je suis fatigué… Epuisé de me battre contre des moulins à vent. Un matin, je réveillerai et je cesserai d’être fou, tu sais ?

Je passe mes mains sur mon jean pour en enlever le sable. Il me semble encore entendre la chanson de Radiohead. When you were here before… Je ne regarde pas l’heure, je n’écoute pas mon répondeur. Je fume juste une cigarette, une dernière.

Je sais maintenant que tu ne viendras pas. Tu ne viendras plus.

 

           

        

     

Il y avait cette femme qui portait un parapluie ouvert alors qu’il ne pleuvait pas. Rouge, il était, son parapluie. Elle promenait un caniche roux en laisse de cuir brun. Près d’elle, assis sur le banc de pierre, il y avait cet homme qui lisait le journal. Le Monde. Le nez enfoncé dans le col roulé de son pull, une cigarette roulée entre les doigts. Eteinte, la cigarette. En face, il y avait ces deux gamins qui jouaient avec un ballon. De foot. Une fille et un garçon. Elle avait des nattes, et des chaussures roses bonbon. Lui avait les cheveux blonds. Il shootait dans la balle et elle riait. Fort, elle riait. A quelques mètres, il y avait cette femme, que je supposais être la mère. Elle les surveillait. Debout, près du chêne, sans rien dire ni rien faire, juste à les surveiller. Calme, immobile et droite, comme une statue. De sel, la statue. Le caniche roux s’approcha de la petite fille, elle voulut le caresser, peut-être même lui coller un gros baiser sur son front poilu, mais la maîtresse au parapluie, qui veillait sur son chien comme la mère sur ses bambins, donna un léger coup de laisse, rammenant ainsi la bête dans son axe initial, loin des fougueux et donc dangereux enfants. La petite fille afficha clairement sa déception, mais le parapluie tourna les talons, et je passai mon chemin.


Plus loin, il y avait un type avec un béret gris. Il vendait des crêpes. Leur parfum se promenait dans l’allée pour mieux attirer les gourmands, dont je faisais définitivement partie. A la crème de marron, la crêpe. A côté du stand, il y avait cette femme qui fumait une cigarette. La femme du type au béret, peut-être. Ou sa maîtresse. Ou juste une cliente. Je m’abstins de le lui demander. Blonde elle était, la femme. Dans la file d’attente, il y avait deux adolescentes. Pleines de bagues, bracelets et boucles d’oreilles. Pleines de couleurs aussi, du rose au pull, du vert au pantalon, du bleu aux chaussures. Ou l’inverse. Elles parlaient et riaient, comme des ados. Au Nutella, les crêpes. Derrière, il y avait deux jeunes mecs. Qui mattaient les deux ados. Ils chuchotaient. Je les supposais élaborant un plan d’attaque, enfin, de drague, ce qui revenait au même, au fond. Et à mes pieds, un chien. Pas le caniche, un autre. Un bâtard. Tout noir. Avec de la bave au babines. Je lui donnai la bordure de ma crêpe et m’en allai.


Je traversai le parc et croisai le vieil Arthur, appuyé sur sa canne de bois. Il ne s’appelait sûrement pas Arthur mais je le prénommai ainsi à cause de ses boucles grises, elle lui donnaient l’air d’un chevalier. A la retraite. C’était la première fois que je le voyais. Il ne devait donc pas habiter le quartier et pourtant il ne pouvait pas venir de bien loin, aussi fragile sur ses trois jambes. Peut-être avait-il un rendez-vous galant, les galanteries devraient être autorisées à tout âge, comme la gourmandise. Oui, un rendez-vous galant avec une princesse en robe à fleur, avec des boucles grises aussi, non, mieux : un chignon. Un petit chignon fragile. Elle n’aurait pas de rouge à lèvres mais ses ongles seraient faits. Et elle s’appelerait Léontine. Arthur et Léontine, ça sonnait bien, romantique. J’eus envie de suivre le vieil homme… mais si je me trompais ? S’il traversait simplement le parc ? Ou s’il allait s’acheter une crêpe, lui aussi ? La crainte d’être déçue l’emporta.

Plus loin, sur un banc, encore un type qui lisait Le Monde. Je me dis qu’il devait s’en passer des choses importantes, dans ce monde, et qu’il me fallait l’acheter, me documenter. Le portable du type se mit alors à sonner. Une sonnerie horrible, genre hymne de boîte de nuit. Il se mit à parler mais je n’entendis rien, j’étais déjà plus loin.


Devant les grilles du parc, un type vendait des marrons. Chauds, les marrons ! Il se réchauffait les mains sur son poêlon. Il avait raison, il faisait froid. Il faisait froid et j’avais laissé mon livre ouvert sur la table basse, je décidai donc de rentrer.

En chemin, je croisai un couple parfait. Lui était grand, brun, les épaules larges et l’allure élégante. Il portait un jean brut et une veste en cuir. Elle était petite, brune aussi, les cheveux longs et raides. De grands yeux verts. Elle portait une petite robe claire sous un manteau sombre, et des bottes. Elle avait froid, alors il la prit dans ses bras, et elle sourit. Moi aussi j’avais froid. Et j’avais toujours aimé les vestes en cuir. Je pressai le pas.


Je passai devant le tabac-presse, j’achetai des cigarettes. J’oubliai le journal. Mais j’achetai du pain, à la boulangerie plus loin. La boulangère, une femme corpulente à l’accent marseillais prononcé, plaisantait avec une cliente. Une vieille dame au chignon gris et fragile. Léontine ! J’étais presque sûre que c’était elle. Je voulus lui dire qu’elle était terriblement en retard, qu’Arthur l’attendait dans le parc depuis plus de vingt minutes et qu’elle n’avait pas de temps à perdre, surtout pas à son âge… Mais elle mit fin à sa conversation, quitta la boutique et ce fût mon tour : un pain aux noix, s’il vous plait. En sortant, je faillis shooter dans un pigeon.


A l’angle de ma rue, il y avait un agent de la circulation. Il glissait un papier rose sous les essuie-glaces d’une Mégane grise. Métallisé, le gris. La Mégane appartenait à une blonde qui arriva sur le champs, elle était chez le coiffeur en face, elle expliqua à l’agent. Elle avait des bigoudis sur la tête et du gloss bien rose sur les lèvres, un jupe courte écossaise et des bottes à talons. L’agent gronda un peu puis déchira le papier rose, et la blonde rejoignit le salon de coiffure. Je me dis qu’il était parfois pratique d’être une femme, surtout si blonde. Je me dis aussi qu’il était dommage que je n’eus pas de voiture, car ma condition m’aurait très certainement évité tout un tas de pénalités, mais pas tant que ça puisque je n’étais pas blonde. Alors l’un dans l’autre… J’arrivai chez moi.


Comme tous les soirs, après ma balade dans le parc et le quartier, je me fis un thé. A la cannelle, le thé. Je l’accompagnai de gâteaux sablés. Deux. Et je m’installai dans le fauteuil près de la fenêtre, comme toujours. Pour regarder dehors. En bas, la rue. En face, les voisins. Au ciel, les oiseaux.

Et, comme tous les soirs, je me dis : c’est fou ce qu’on peut regarder chez les autres quand il fait vide autour de soi. Un onguent sur l’ennui, en quelque sorte…

             

                 

                  

            

             

Le parfum de l’absence, c’est celui des odeurs oubliées, ou laissées exprès, sur les draps, l’oreiller. Des odeurs en images qui ne font que rappeler qu’avant il y avait, et maintenant il n’y a plus. Mille flashes back plus en noir qu’en blanc, le silence pour bande son, je ne suis pas bonne comédienne.

 

La chaleur me coupe l’appétit. La chaleur, et le manque aussi. Le manque, surtout. Je me remplis de fumée grise pour me donner consistance. Tu es ma plus violente carrence. Et ce creux dans mon ventre, c’est toi. Toi qui n’est plus là.

 

Ma voix, de ne plus te dire je t’aime est blessée, elle a décidé de s’en aller, peut-être pour l’été. Ma gorge est sèche de n’émettre plus un son. Mes doigts maladroits tentent de me libérer des mots qui m’assaillent, qui me tirent et me cognent, ces maux de toi en mots pour toi, ces mots que même criés tu n’entendrais pas.

Et mes lèvres saignent de ne plus t’embrasser. Et ma peau brûle de n’être plus par toi caressée. Et mon coeur se serre, ne sachant plus comment battre sans le tien pour le rythmer

 

Ton fantôme erre dans l’appartement. Sur le canapé où tu étais allongé, dans la cuisine avec l’odeur du café, dans la baignoire que nous avons partagée, sur le lit où nous nous sommes tant aimés. Tu traînes tes pieds prés des miens, ton souffle dans mon cou, parfois je crois pouvoir tenir ta main. Je m’accroche à ton souvenir, je ne le laisserai pas s’en aller, franchir cette porte qu’aujourd’hui je hais, je le garderai couché sur le lit de mes pensées, avec moi, il t’attendra.

 

Et le manque et le vide règnent dans l’appartement, dans les rues, sur la ville, et dans une voiture qui s’éloigne, quelque part.

 

Le parfum de l’absence, c’est celui d’aujourd’hui.

 

            

             

              

      


La grande horloge sonnait 15 heures, j’accélérai le pas. En bas de la place, à gauche, rue Rouge puis Bonneterie. J’ai sonné à l’endroit où mon nom était inscrit. Sa voix m’a répondue, j’ai poussé la porte et grimpé les escaliers. Ma main s’est pressée sur la poignée, je suis entrée, il était allongé sur le canapé. Il lisait. Trois chevaux, d’Erri de Luca, c’est moi qui le lui ai offert. Il lisait, allongé sur le canapé, sur mon canapé, chez moi. Il a levé les yeux de son livre, et m’a souri. De ce sourire qui fait briller mille soleils dans mon ventre. Puis il s’est relevé pour m’embrasser. En épousant les miennes, ses lèvres m’ont dit je t’aime, ses baisers sont toujours des déclarations d’amour.

 

Sans le lui dire, j’ai pensé que cet instant était si simple et si vrai qu’on aurait pu y construire une vie.

               

              

          

 

Un rayon de soleil vient me caresser le coin de l’œil. J’ignore l’heure. Mes pensées sont encore embrumées, mon corps lourd de sommeil. Puis un bras, son bras, comme un boa, m’entoure et me serre. Je me retourne et il est là. Ses yeux, son sourire, sa voix. Et jamais je n’ai été plus à ma place que dans ce lit, couchée tout contre lui. Lui que je n’attendais pas, lui que je n’espérais pas, lui que je n’osais rêver. Mon Amour, mon Etre Idéal, mon Evidence.

 

Ainsi, en ce beau, si beau matin d’été, tout en ce monde prend sens, chaque chose est à sa place, et moi, au milieu, dans ses bras, dans ses yeux, sur ses lèvres.