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Elle est là.

Elle est là, dans la pièce. Elle me regarde. Je lui tourne le dos mais je sais qu’elle me regarde, je le sens. Je sens ses couleurs sur moi. Je n’ai pas besoin de me retourner pour la voir, il me suffit de fermer les yeux. Fermer les yeux pour voir ses formes, ses lignes, ses ombres.


Elle va bien avec la pluie qui tombe, là, devant moi. Je suis assise face à la fenêtre, elle dans mon dos, je regarde la pluie tomber. Comme ces gens qui n’ont rien à faire que laisser couler leurs pensées. Se souvenir, peut-être. Le nez collé à la fenêtre, regardant la pluie tomber.


L’orage gronde. Je me retourne, elle est là, toujours là. Un éclair la sort de l’ombre, elle est belle dans sa lumière violente et brève. Alors je me lève, je m’approche, tends la main. Vers elle. Et du bout des doigts, timidement, amoureusement, je la touche. La caresse. Ses reliefs. Ses contours. Sa signature.

Dans la pénombre, je distingue bien ses nuances, ses dégradés. Ses gris multiples et riches. Ses ciels, ses nuages, ses arbres et ses habitations. Ses noirs. Ses blancs. C’est un paysage qu’elle me montre, pas celui d’une quelconque contrée, celui d’une âme. Une âme grise et noire et blanche. Une âme qui pleure de ses gros nuages. Qui me raconte sa solitude dans la beauté du monde.



Je l’ai rencontrée au milieu du mois de juillet, si mes souvenirs sont bons. Je l’ai immédiatement trouvée belle, comme ses soeurs, elle est issue d’une excellente série. Et je me suis surprise à la vouloir…

Je ne la connaissais pas, je ne la comprenais pas, mais j’avais cette étrange impression qu’elle avait des choses à me dire. Qu’à mes yeux, elle se dévoilerait, elle se laisserait deviner. Bien sûr, il me fallut du temps.



Elle est un peu ma belle au bois dormant.

Elle a dormi dans un atelier, puis dans une boîte cylindrique, roulée. Sur mon bureau, toujours roulée, de peur de l’abîmer. Et enfin chez l’encadreur, plus d’une semaine, avec des centaines d’autres comme elle, mais moins belles.

Enfin, mon téléphone a sonné, j’étais à l’heure au rendez-vous, elle m’attendait bien emballée de papier blanc. Je l’ai glissée sous mon bras pour la ramener chez moi. Toute seule, fière et heureuse, je plantai un clou au mur pour l’y suspendre. C’est là qu’elle est maintenant. C’est de là qu’elle me regarde, autant que je la regarde.



Je ne m’étais pas trompée : elle avait des choses à me dire. Elle me les a toutes confiées, et même davantage. J’ai compris ses couleurs, ses reliefs et ses mouvements, j’ai entendu son murmure, tendre comme un aveu, je lui ai répondu du regard. Et je lui réponds encore.



De toutes les merveilles du monde, aucune n’a la beauté de l’objet né des mains de l’être aimé.

C’est sous les plus beaux des doigts que cette toile a vu le jour, couvée par le plus beau des regards. Ses couleurs sont celles de l’âme chère. Soeur. Elle est son travail, ses heures, ses idées, et un bout de sa chair, aussi.


Penser aux pinceaux qui l’ont carressée, fermer les yeux et voir la main manier, oeuvrer, s’approcher, s’éloigner, sans bruit s’avancer pour regarder les yeux se plisser, des soleils à leurs coins, et l’artiste en entier, en silence, qui peint.



Elle règne sur la pièce, discrète, superbe.

Pour tous, elle est un paysage numéroté.

Mais pour moi, elle est…

   

    

    

    

    

    

 


 

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