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 Acte IV : pour oublier



« Il n’y a que le désert qui guérisse le désespoir : on peut y pleurer sans crainte de faire déborder un fleuve » Ahmadou Kourouma


( http://www.deezer.com/track/4881 )


La plage. Et l’été (meurtrier ?), toujours.

 

Depuis ma plus tendre enfance, c’est chez elle que je m’en vais me réfugier. C’est à elle que je raconte, sur elle que je pleure. Elle m’écoute et me murmure que tout ira mieux. Qu’elle est là, et restera. Elle me rassure.

C’est donc très naturellement que je me suis tournée vers elle.


J’ai fait mes valises tôt le matin, avant 10h j’étais partie. Sur la route des vacances, j’écoutais des musiques douces et joyeuses. Je pensais à toi. Je te laissais derrière moi. Les paysages défilaient, la voiture accélérait, tu t’éloignais. Je te quittai physiquement. J’étais en route vers l’oubli.


J’arrivai avant midi. Avant même de sortir les valises du coffre de la voiture, j’eus envie d’elle. Une envie si forte que j’otai mes talons pour mieux courir l’assouvir. A sa place, m’attendant, elle était calme, grande et bleue. Couverte de milliers de petits points d’or, elle s’étendait sous le soleil et le clair du ciel.

Je respirai profondément pour m’emplir de son parfum, fermai les yeux pour m’imaginer la caresse qu’elle me délivrerait bientôt, et je me sentis presque soulagée. J’étais sûre que près d’elle je trouverais la paix, je t’oublierais. Près de ma mer.



Sur le pont du bateau, j’ai dormi et j’ai rêvé. Le vent couvrait ma peau et la faisait frissonner. Les vagues se brisaient sur la coque, je les regardais mourir puis renaître. J’écoutais Chopin, Haendel, Mozart, et je me disais qu’il était beau d’être humain. Que l’humain était capable de si grandes, de si belles choses… J’avais l’âme triste et philosophe.


Je me suis aussi amusée. J’ai pris du plaisir. J’ai plongé dans la mer et j’ai ri. J’ai fait de la voile avec de superbes jeunes hommes de mes amis. J’ai admiré leurs corps dorés et musclés, leurs peaux salées. J’ai bien mangé, j’ai bien bu, et j’ai regardé les étoiles filantes traverser le ciel d’été, allongée dans le sable, une cigarette aux lèvres et en fond le bruit des vagues. J’ai passé de bons moments, prés de ma mer.


Bien sûr, je suis allée lui confier mon chagrin, lui dire le manque de toi, la colère, l’incompréhension, ce sentiment d’abandon et tout cet amour qui me rongeait. Et elle m’a écoutée.

Bien sûr, j’ai dessiné sur le sable, et sur mon carnet, les fesses dans le sable. J’ai trouvé quelques instants l’inspiration au premier sens du terme : un peu d’air…

Bien sûr, j’ai longtemps marché sur la plage, les yeux perdus dans le bleu, les pensées volant au-dessus, rythmées par les vagues, en flux et reflux.

De toi. Mon chagrin était ta perte, mes dessins étaient de ton visage, mes pensées toutes dirigées vers… toi.


Les envies que j’avais étaient maigres et fugaces, alors la plus grande partie de mon temps, je l’ai passée seule. Sur la terrasse, peu vêtue, les pieds nus, les cheveux offerts au vent marin, les yeux rivés sur le vague de ma vie. Elle me semblait vague, sans fond ni forme, sans repère, sans direction. Je me saoulais de musique mais elle ne suffisait pas, mes pensées cognaient plus fort encore dans ma tête, je n’entendais qu’elles. Elles qui me disaient combien je t’aimais, combien tu me manquais, combien le monde avait changé depuis toi, combien le monde était beau de te porter et ma vie désespérée d’être de toi privée.


Mes sourires ne furent que factices.

Mes rires cachaient mes larmes.

Personne n’y a rien vu mais ces vacances furent les plus tristes de ma vie.

J’étais en deuil. De notre histoire d’amour, mais pas seulement. J’avais perdu bien plus que toi. Une part de rêve, un fol espoir. Il me restait sur les lèvres un goût de plus jamais. Comme si le meilleur était passé, l’avenir ne serait que dans son ombre.


J’étais partie pour t’oublier.

Je compris qu’il me fallait revenir pour y parvenir. Me confronter à ton absence, ne pas la fuir. Accepter la mort de l’amoureuse en moi. Et ma nouvelle vision du monde, avec toi à son bord mais sur une autre mer que moi.

Nos navires s’étaient croisés, par un fol hasard ou une hasardeuse folie, par la main du Maître Destin peut-être, ils navigueraient désormais sur des océans différents.



Je rentrai un dimanche matin. Je fis tourner quelques machines, un peu de ménage et je repris le chemin de mes pinceaux. Je savais que c’était par eux que je m’affranchirais de toi. Je mettrais chacun de mes souvenirs dans mes toiles et lorsque la millième serait achevée, mes souvenirs seraient épuisés, tu aurais disparu de mes pensées. De mon coeur. De mon âme.

  

   

    

   

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