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Acte III : Que faire ?


« Ici bas, la douleur à la douleur s’enchaîne ; je jour succède au jour, et la peine à la peine » Alphonse de Lamartine


( http://www.deezer.com/track/4730 )




Une ville aux rues pavés et aux corps dénudés, toujours en été.


Je ne voulais pas comprendre. Je ne voulais pas entendre.

Mais avec le temps, l’issue de notre situation s’imposait comme une évidence. Une vérité. Absolue, inexorable.

Mon salut était dans l’oubli. L’oubli de toi.


Pour t’oublier, j’ai presque tout fait.


Pour t’oublier et tromper mon chagrin, j’ai fui.

J’ai fui nos souvenirs, fui ma solitude, fui l’appartement. J’étais sortie à toute heure du jour et de la nuit, je m’entourais d’amis, partais me perdre dans le coeur des foules, j’éteignais ma voix dans d’insupportables brouhahas.

En vain.


Pour t’oublier et tromper mon chagrin, j’ai bu.

Plus que de raison et plus que de saison, je me suis ennivrée comme pour perdre la tête, et tout ce qu’il y avait dedans. Toi. J’ai bu pour rire, pour me rendre légère. J’ai bu pour brouiller ma vue, ne pas voir ton absence dans mon paysage. J’ai bu pour mourir un peu, dormir au moins.

En vain.


Pour t’oublier et tromper mon chagrin, je t’ai trompé toi. Et peut-être aussi moi.

Je me suis offerte à des amants de passage, espérant dans leurs bras perdre le goût de toi. Effacer ton empreinte de mon corps, tes caresses de ma peau. Priant tout ce qui pouvait l’être pour ressentir ne serait-ce qu’une fois le plaisir que j’avais eu avec toi. Apprendre que d’autres pouvaient m’aimer aussi fort, aussi bien. Connaître l’abandon et l’orgasme après toi. Sans toi.

En vain.

Aussi tendres, attentifs, aussi généreux, doués, passionnés pussent-ils se montrer, aucun de mes amants n’ota de mes lèvres la saveur de tes baisers. Ni de mon ventre l’empreinte de ton amour.


Pour t’oublier et tromper mon chagrin, enfin, j’ai peint.

J’ai peint des lignes de couleurs pour sortir du noir que je broyais, j’ai peint des mers pour le bleu, des instants pour le jaune, des tendresses pour le rose. J’ai peint des couleurs et j’ai peint des formes, toutes me venaient de toi, bien sûr, mais sous la peinture on ne te reconnaissait pas. On pouvait sûrement te deviner mais la main tenant le pinceau était mienne, et uniquement mienne. J’ai alors compris que je pouvais faire de jolies choses de tout cela.

Tu m’avais fourni la toile et l’adresse, mais les couleurs et leur mélange naissaient de moi, je pouvais donc vivre et faire de la vie sans toi. Ou plutôt avec les restes de toi. Tous ces souvenirs, ces gestes, ces mots, ces émotions si réelles et intenses qu’elles en deviennent palpables, tout cet amour que tu m’avais offert en partage n’était plus, mais il avait été. Et je me sentais comme celui qui a gravi l’Himalaya et vu le monde d’en haut. Quelques minutes, quelques heures au plus dans sa vie, dont il se souviendra pour les trois prochaines éternités. J’étais plus riche de toi.


Je n’avais pas vécu en vain.

 

     

    

    

    

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