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Acte I : la séparation des corps


«  Aimer c’est savourer, au bras d’un être cher, la quantité de ciel que Dieu mit dans la chair »

Victor Hugo


( http://www.deezer.com/track/260489 )



Un vendredi matin, entre tôt et tard, sous un ciel gris clair malgré l’été


Tu pleurais dans la voiture. Je t’ai embrassé une dernière fois, tu m’as dit vas-y, bébé, j’ai ouvert la portière et je suis sortie. J’ai pris sur la droite, tu as fait demi-tour avant de prendre sur la gauche. Je me suis retournée pour voir ta voiture s’éloigner. J’imaginais que tu me regardais dans le rétroviseur. Tu es sorti des remparts, de la ville, de ma vie.


J’ai marché un peu, peut-être beaucoup, je ne voulais pas rentrer. Retrouver l’appartement de toi vidé, sans toi pesant. J’ai marché dans ces rues que tu avais tant aimées, m’arrêtant à tes coins préférés, examinant les détails que tu m’avais fait remarquer. Cachant mes larmes derrière mes lunettes noires. J’ai traversé les Halles en pensant au déjeuner, mais rien ne me tentait, je n’avais pas faim, envie de rien. Que de toi.


J’ai ouvert la porte lentement. Après l’avoir refermée, je suis restée un moment juste derrière elle. A fixer le couloir. Le mur du fond contre lequel un soir tu m’avais aimée. Les marches qui me séparaient de mon premier étage me semblèrent plus hautes et plus pénibles que d’habitude. Derrière la porte de mon appartement, seul le chat m’attendait. Je regardais le canapé vide de toi, le livre que tu avais laissé sur la table basse, ta tasse de café au lait dans l’évier. Sur ma peau, l’odeur de la tienne trainait encore.

J’attendis le soir pour prendre une douche. Et je ne changeai pas les draps, je voulais dormir avec toi encore une fois.


Je t’ai cherché, je t’ai tant cherché. Les jours d’après, je n’ai fait que te chercher. Dans l’appartement, dans la ville, dans mes souvenirs. Je me les passais en boucle pour les garder en vie, je leurs imaginais des suites tendres et belles, nos mains jointes, nos corps collés, nos lèvres les unes aux autres scellées. Et tout l’amour que l’on pouvait se faire.

J’ai cultivé ton souvenir comme on cultive un jardin, l’arrosant chaque jour de douces pensées, l’abritant de l’oubli, le nourrissant d’envies.


Pendant six jours, chaque fois que je franchissais la porte de chez moi je m’attendais à te voir, couché sur le canapé. Un livre entre les mains, une cigarette entre les lèvres. Et un sourire pour moi.

Chaque fois que je plongeais dans mon bain je te sentais plonger en moi, la chaleur de l’eau me rappelait celle de ta peau, il me suffisait alors de fermer les yeux pour voir mes jambes encercler ta taille, comme des lianes, et te maintenir contre moi.

Chaque fois que le sommeil approchait, ton visage se dessinait sur la toile de mes paupières closes et si je n’ouvrais pas les yeux ce n’était que pour mieux te regarder.


Mais ton absence. Elle était là, de plus en plus présente, de plus en plus évidente. Cuisante. Je finis par ne voir qu’elle, conjuguée à ma souffrance. Le manque de toi était terrible, j’avais beau faire, j’avais beau dire, à chaque seconde tu me manquais un peu plus. Je ne savais pas ne pas penser à toi. Tu ne savais pas ne pas me manquer.


Au début de la fin, rien ne semble dramatique.

Ainsi, lovée dans la mélancolie qui coulait de ton absence, je me suis mise à peindre des tâches blanches sur des toiles noires, une par jour, je les appelais espoirs.

     

              

                 

                     

                    

                  

 

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