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Sur la route des vacances, j’écoute Cat Power. La fenêtre grande ouverte, l’air est chaud, mes cheveux volent, mon regard se perd entre vignes et champs. Je pense à toi.


J’ai décidé de partir quelques jours. Partir pour ne pas rester. Entre ces murs par toi trop hantés. Pour un peu oublier, au moins faire semblant, accorder des vacances à la mémoire. Une fuite en avant ? Plutôt un saut sur le côté. Un saut sur la plage, les pieds nus dans le sable, les cheveux au vent et la tête dans les étoiles. Filantes. Les pensées jetées à la mer. Vagues. Echouées.


Dans la voiture, je regarde devant moi, là où tu n’es pas, et ne seras jamais. Tu es resté derrière. Dans un passé qui deviendra lointain. Tu l’as préféré à un futur incertain. Je n’ai pu t’en blâmer, je n’ai pu que pleurer. Et aujourd’hui, je ne peux que t’oublier. Tu ne m’as pas laissé d’autre choix.

Les kilomètres défilent, les souvenirs aussi. Ton sourire si grand, ton regard brillant, tes cheveux et ma main dedans. Les murs salis que tu aimais regarder, les pas sur les pavés, main dans la main, à la nuit tombée. Les histoires que tu me racontais, allongé sur le canapé, ta tête sur mes genoux. Tes larmes dans mes bras. Ton sommeil au creux de moi. L’amour que l’on se faisait. Des clichés. Bonheurs trop beaux pour être vrais. Images jaunies par le temps et l’incertitude, qu’avons nous vécu, dis moi, n’ai-je pas rêvé ces matins tendres et ces nuits fauves, dis moi, où est le vrai de tout cela, dis moi, où s’arrêtent les mensonges, s’arrêtent-ils seulement, étais-je trop jeune, trop bête, trop amoureuse, dis moi, tout revient au-même, au fond, et toi tu ne reviens pas, non, tu ne reviendras pas, n’est-ce pas, dis moi, dis moi que tu penses à moi, dis moi que tu m’as aimée, vraiment, que tu n’étais fou que de moi, dis moi, dis moi, pourquoi es-tu parti, pourquoi ? La route me réponds que tu es loin déjà, et qu’avec le temps tu le seras définitivement. Loin.

Cat Power chante where is my love, je lui réponds que je ne sais pas. Que si j’avais su je n’en serais pas là.


Par la fenêtre ouverte entre l’air de la mer. Je souris. C’est la ligne d’arrivée des vacances que je sens, les premiers instants des jours heureux, sans toi. C’est là que je t’oublierai, je le sais. A l’abri dans un silence que j’aurais choisi, je me remettrai de toi. Ta voix s’effacera de ma mémoire, mon coeur se libérera de son amour trop grand pour toi. Tes traits deviendront flous, avant de disparaître. Tu ne seras qu’un souvenir, parmis d’autres. Un souvenir intense par sa beauté comme par sa souffrance. Comme un vieux film en super 8 que j’aimerai me repasser certaines nuits d’hiver pour me bercer de la joie qui était notre. Sourire. Me dire que c’était bien, ce qu’on a vécu. C’était bien ?

Tu m’as demandé et si c’était à refaire ? Aujourd’hui, je peux te répondre que je le referais. Je te croirais peut-être moins, mais je t’aimerais tout autant.

Il y a eu un avant toi, il y aura un après toi. Entre les deux, Toi. Toi, Toi, Toi, Toi.


Restons amis, restons amants, nous avons tout envisagé, je crois. Nous avons essayé de trouver le meilleur remède à nous, la meilleure configuration, le schéma qui nous permettrait de nous aimer sans nous blesser. Les kilomètres défilent toujours et je sais que ce schéma n’existe pas. Nous ne pouvons rester amis, nous ne l’avons jamais été, et ces choses là ne s’apprennent pas. Nous ne pouvons rester amants, nous ne savons nous donner autrement qu’entièrement, l’un à l’autre. Notre amour ne se configure pas, tu le sais comme moi. Et il n’a d’autre remède que le temps. J’ignore encore s’il sera suffisant. Toi et moi, est-ce qu’on s’en sortira ? Moins s’aimer, ne pas se détester, ne plus se chercher, savoir se retrouver. Peut on rester toi et moi ? Identique mais séparés. Le monde et vaste mais nous y vivons, il faut que je me fasse à cette idée. Pas de vie commune, une simple colocation, dans la grandeur du monde, et du temps. Tu existes, ailleurs. Ailleurs. Jusqu’à l’autre vie, au moins.


Les kilomètres défilent et le poids s’allègent, la douleur s’apaise. Ce n’est pas tant les kilomètres que le geste, je m’éloigne, j’en suis capable.

Les quelques pas sur la plage que je fais en arrivant me rappellent d’où je viens. Les vagues, les rivages, de ceci je suis faite. Le temps passera, l’écume séchera, d’autre voyages m’attendent. J’ai tenu le journal de ton absence, j’écrirai les aventures de ton oubli. Nous resterons toi et moi, identiques mais séparés, amoureux inavoués, âmes soeurs sacrifiées. Toi et moi. Je ne viendrai plus te chercher quand j’aurai peur, quand j’aurai mal. Je ne serai plus toujours là quand tu trébucheras, quand tu tomberas. Je sais que nous nous croiserons, alors nous nous saluerons poliment, un sourire, un geste de la main, quelques mots peut-être mais pas davantage, non, nous n’aurons pas besoin de plus. Nous nous connaissons trop bien pour faire semblant. Le silence est aussi un langage.


Sur la plage. Le temps va passer. Les vagues vont t’effacer. Certaines choses ne naissent que pour mourir. Même si elles ne meurent jamais complètement.


 

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