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Les grilles du restaurant étaient tirées, seuls quelques centimètres restaient ouverts, je m’y suis glissée. Il était assis au comptoir, à la lumière d’une petite lampe il lisait vaguement le journal. Il m’attendait.

Au son de mes talons, il a levé les yeux. Il m’a souri. Il m’a demandé tu veux boire quelque chose ? Je n’ai pas eu le temps de répondre. Il m’a embrassée et ses lèvres étaient douces et gourmandes. Charnues, fermes mais tendres, comme un fruit. Il m’a embrassée et il a passé ses main sous ma robe, sur mes cuisses il les a remontées lentement. Jusque sur mes fesses. Soupirs en choeur. Il a éteint la lumière.

Dans la pénombre du restaurant, nous avons fait l’amour. Les chaises, les tables, les miroirs furent témoins de notre plaisir. Je me délectais de son corps nu, il était gourmand du mien. Et parfois il me parlait, sa voix grave me rendait folle, sa force au fond de moi me faisait tourner la tête. Il a goûté à ma peau, j’ai griffé la sienne, ses mains serrées autour de mes hanches, mes reins cambrés et nos souffles rauques ensemble. Il me soulevait avec une facilité déconcertante, j’étais son jouet, ou lui le mien, je ne savais plus très bien. Totu se passait si vite, si spontanément, si naturellement, le désir pour seul guide, le plaisir pour seule repère. Sur la droite, il y avait un grand miroir, notre reflet y était beau, mes jambes claires autours de son cou. Nous avons joui et il est resté un moment collé à moi, nos sueurs et nos langues mélangées. Puis j’ai laissé retomber ma robe et je suis allée me recoiffer.


Nous avons bu un verre, il faisait si chaud, et nous avons un peu parlé. Je lui ai dit mon premier dîner chez lui, le désir immédiat, et ces fois où j’étais revenue sans qu’il me voit. Il a souri. Il m’a dit ce soir, je t’ai vue. Et voulue. J’ai souri à mon tour. Il m’a raconté un peu sa vie, je ne lui ai avoué de la mienne. Je l’ai écouté, distraite, j’étais ailleurs, à me balader sur son corps, sur sa peau, ses bras musclés, son dos cambré, ses épaules larges, ses cheveux noirs, son regard sombre, ses lèvres pleines et son sourire à tomber. Un très bel homme, décidément. Alors qu’il me racontait son ancien métier de chauffeur de taxi, je souriais pensant à toutes ces fois où j’avais eu envie de lui, où j’avais rêvé de sa peau, de son corps nu, de sa virilité contre ma féminité, tout contre. Je l’avais voulu, et je l’avais eu. J’étais satisfaite, pleinement.


Une poignée de minutes plus tard, il ouvrait les grilles pour me laisser sortir. A bientôt. Quelques rues à peine me séparaient de chez moi, je profitai de ces pas pour penser à ce que je venais de vivre, le sourire aux lèvres, le parfum de sa peau sur la mienne. Lui, si beau, mon désir, si grand, notre étreinte torride, mon fantasme réalisé, et sa femme qui l’attendait, sagement. Car bien sûr, il était marié. Seuls les hommes mariés se donnent si facilement, j’ignore si c’est l’ennui, l’habitude ou la monogamie, je ne sais rien du mariage pour ne l’avoir jamais vécu, je ne peux donc qu’imaginer. Et remarquer qu’ils emploient une énergie incroyable à séduire les femmes, jeunes souvent, pas forcément jolies d’ailleurs, n’importe laquelle fait l’affaire, au fond, tant qu’elle est d’accord. Et qu’elle n’est pas leur femme. L’autre est toujours plus excitante.


Un dernier sourire sous la douche, où je me débarrassai des restes de ses baisers et caresses. Un sourire parce que je savais que pour lui, comme pour les autres, tous les autres, le monde entier et sa morale bien faite, j’étais une salope. Une garce, une cochonne. Une femme sans valeur ni conscience, puisqu’elle couchait avec un homme marié.

Bien sûr. Je suis tout cela, et plus encore. Et lui n’est qu’un homme, une victime en somme, de mes attentats torrides et de ma séduction malsaine. Personne n’ira jamais blâmer celui qui trompe, ment et triche, celui qui agit en sournois et en cachette. Lui aura toutes les excuses du monde, des problèmes de couple, de boulot, de libido (pas la sienne, bien sûr, celle de sa femme, toujours), lui ne sera qu’un faible et on pardonne toujours les faibles. En revanche, moi je suis mauvaise, machiavélique, je profite de la situation, je n’ai aucune morale, pire encore : je trahis mon camps, en volant, ne serait-ce que pour quelques heures, le mari d’une autre. Quel être diabolique je suis ! Mais qu’attend-on pour me pendre, me brûler vive ?!

Et qu’importe si concrêtement je ne trompe personne, si je ne ments ni ne triche. Qu’importe si je suis la seule dont les paroles et les actes sont en totale cohérence. Qu’importe.


Je me couchai avec un dernier sourire.

Oui, l’hypocrisie de mon monde me fait sourire.


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