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Quatre heures de sommeil par nuit. Quatre demie heures d’un sommeil tout sauf profond. Agité, habité, brûlant. Et je me lève avant le jour, épuisée et en nage, café, cigarette, rue déserte et boulot. Alors ce matin, je ne rêvais que d’une chose : dormir.

Seulement, la fortune, au sens propre, avait d’autres projets pour moi.


Réveillée par l’interphone peu après huit heures, des croissants et un sourire pénétrent mon appartement, trois tasses de café et quelques mots pour se donner du courage, une douche pour se débarrasser des restes de la nuit. Une robe légère, la chaleur est insoutenable même en ce milieu de matinée. De grosses lunettes noires rendues nécessaires autant par mes cernes que par la lumière. Il n’est pas dix heures trente lorsque nous sortons.


Une autre cigarette et mes talons malhabiles sur les pavés de la rue des teinturiers. Nous avons rendez-vous, nous sommes en avance, c’est bien. Les cafés se servent sur les petites tables, la roue à aubes tourne toujours, peu de voitures, beaucoup de pieds, très diversement chaussés.

J’aime regarder les pieds des gens. Les chaussures en disent long, les orteils et leurs ongles aussi. Dans cette partie là de la ville, c’est plutôt tongs, babouches et sandales, cheveux frisés mal coiffés, casquettes, bobs et autres bérets. C’est le coin des artistes, babs, bobos, bref festivaliers décalés branchés. Je les regarde en me racontant leurs histoires, en essayant de garder l’équilibre surtout, plus que quelques mètres et nous y sommes.


Au milieu de la file d’attente, une petite femme me pousse dans le dos, elle m’agace, et sa copine parle si fort qu’elle en devient vite détestable. Heureusement, dans vingt minutes je serai assise dans un théâtre frais, dans le noir et le silence, cette perspective m’aide à patienter. Patiemment.


La jeune fille qui s’assoit près de moi me caresse le bras de ses longs cheveux frisés. Les hommes derrière nous parle du marché de la bière en Russie. J’essaie de suivre mais très vite cela m’ennuie. Dans le fond de la scène, encore plongée dans le noir, je crois distinguer un bateau. Deux silhouettes s’intallent et ma curiosité s’éveille. La salle est pleine. Les lumières s’éteignent. Des lettres blanches s’étalent sur un fond noir et une voix espagnole commence son histoire.


De la première seconde à la dernière, je suis scotchée à mon siège, les yeux rivés sur la scène, ils ne clignent jamais pour ne rien rater et deux larmes naissent mais ne coulent pas, pour ne rien rater encore une fois. Des lettres blanches sur un fond noir pour terminer. Les comédiens, main dans la main, saluent, cette fois je pleure pour de bon.

La salle peine à se vider. Je boue, suis prête à exploser. Les gens m’agacent, je fuis les regard, je ne veux qu’une chose : sortir. Mettre mes lunettes pour me cacher, sentir un peu d’air. Je pousse, j’esquive, me faufile, je me comporte mal mais je m’en fiche, je veux sortir. Une fois dehors, je retrouve ma soeur et marche vite, si vite sur les pavés, je ne sens plus mes talons. Ce n’est qu’arrivée aux halles que je m’arrête. Je m’assois sur un banc, et m’effondre. Ce ne sont pas des larmes, mais des sanglots.


Plus tard, ma soeur me demandera si c’était le spectacle ou autre chose, je lui répondrai un peu les deux, je pense. Nous achèterons un melon et du jambon Serano, puis nous boirons un verre de rosé sur la place, avant de rentrer.



Le jour est passé, la nuit est tombée, et j’entends encore ces deux voix, riches, multiples, majestueuses, me raconter une histoire que j’aurais voulu écrire. 

 Et la mienne qui me revient en gouttes de chagrin.

 




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