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Du lundi au vendredi, c’est plutôt calme. Il rentre tard, elle est déjà là, le plus souvent en train de cuisiner. Il la salue sans l’embrasser, elle lui répond sans le regarder. Il range ses affaires dans sa chambre, s’allonge sur son lit quelques secondes, il voudrait tellement s’endormir et ne plus jamais se réveiller.

Il allume son ordinateur, jette un oeil à ses messages, se balade un peu sur la toile, toujours en quête de mieux. Il se lasse si vide, et l’herbe verte et fraiche d’un jour peut lui sembler grise et brûlée le lendemain. Elle s’apelle lorsque le dîner est servi.


Ils dînent ensemble, toujours sans se regarder. Ils se font la conversation, comme deux bons voisins, il lui raconte sa journée, sans bien sûr mentionner son cinq à sept entre le café et l’hôtel, puis il l’écoute parler, de banalités évidemment, elle ne risque pas d’aborder un sujet intime, personnel, qui lui tient à coeur, après tout ils ne sont que mariés, et que depuis 30 ans.

Ils ne s’embrassent pas pour se souhaiter bonne nuit, ils regagnent simplement leurs chambres respectives.


Là, sa folie le reprend.

Souvent, il écrit. Il devient ce personnage si parfait que tout le monde aime, cet homme à la recherche de l’amour, celui qui en parle si bien qu’il le fait naître partout où il passe. Il butine de fleur en fleur, drague sur le Net sans en avoir l’air, il n’est pas un séducteur, non, il est juste un gars sympa, bien, honnête et fiable.

Quand il fait nuit et qu’il est seul, il caresse du doigt l’homme qu’il aurait pu être avant de le tuer à coups de mensonges et autres tromperies. Il se perd, c’est tout ce qu’il sait faire. Depuis toujours, il erre, sans but ni repère, et ce qu’il cherche c’est avant tout un miroir pour enfin se voir, savoir qui il est vraiment. C’est la raison pour laquelle il regarde toujours les femmes dans les yeux, intensément : il essaie de se trouver.


Il a cru y parvenir, quelques fois. Il a cru être amoureux, profondément, follement, désespéremment. Mais tôt ou tard la vérité le rattrapait et le rammenait à son triste sort.

Il vit à cheval entre un monde qu’il connait par coeur et qui l’ennuie, et un autre qu’il invente, toujours plus beau et plus vaste. Dans le premier, il est un homme respecté, bien que peu respectable mais ça, personne ne le sait. Il porte la casquette de Monsieur Parfait, tous l’appellent Monsieur Martin, on dit de lui qu’il est quelqu’un de bien. Dans le second, le vent souffle et pousse les nuages, les ciels sont chargés et ils lui parlent, ils touche les étoiles et vole sur les ailes de l’amour, il est heureux, il est libre, mais il est seul.

Parce que Monsieur Martin distingue encore ses rêves de sa réalité, il n’est pas fou. Même si parfois, il aimerait l’être.


Les week-ends, ses soirées sont plus mouvementées. Les enfants viennent, ou alors les amis, les voisins. Et faire semblant devient une seconde peau qu’il ne sent même plus. Sauf quand il se déshabille, seul dans sa chambre.

Alors il envoie des mots d’amour, à la femme du téléphone ou bien une autre, il a plusieurs maitresses, certaines ne sont que virtuelles mais elles l’aiment vraiment et c’est tout ce qu’il veut, après tout, être aimé.

Il se dit qu’un soir, il rencontrera Celle qui…

Il se dit aussi qu’il n’est qu’un vieux fou qui attend la mort.

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